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La scolarisation des filles

Il est surprenant de devoir encore parler de la scolarisation des filles, comme si leur accès à l’éducation n’allait pas de soi. Pourtant, pendant des siècles, en France, elles ont été exclues des écoles ou reléguées à une instruction limitée. Il est inadmissible que le simple fait d’être une fille ait pu conditionner l’accès au savoir.


Pourquoi les femmes ont-elles été privées d’éducation ?


La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », mais dans les faits, les filles ont dû attendre des siècles pour accéder à une éducation digne de ce nom.


Peut-on accepter qu’un facteur aussi aléatoire que le sexe, que nous ne choisissons pas, puisse encore aujourd’hui influencer nos droits et nos opportunités ?


Avant le Décret Léon Bérard de 1924, les femmes n’avaient accès qu’à une éducation très restreinte, limitée aux tâches domestiques et aux valeurs morales censées faire d’elles de bonnes épouses et mères. Devenir chimiste ou avocate relevait de l’utopie, tant les obstacles étaient nombreux. Même quand les femmes pouvaient se réjouir d’éducation, on leur apprenait à l’école à cuisiner, se comporter comme bonne épouse silencieuse ou encore parfois à enfanter. Une femme est plus qu’une cuisinière silencieuse, pourtant, elles ont dû prouver leurs droits à l’éducation quand la simple naissance suffisait pour l’Homme. L’éducation est l’un des outils les plus puissants pour affranchir les individus de la pauvreté et de l’exclusion. Elle constitue un tremplin vers d’autres droits fondamentaux et représente l’investissement le plus durable pour une société plus juste et égalitaire.


Le long combat pour la scolarisation des filles :


En 1850, la loi Falloux impose aux communes de plus de 800 habitants d'ouvrir des écoles primaires pour filles. Cependant, les communes plus petites en étaient privées, privant ainsi de nombreuses jeunes filles de l’accès à l’éducation. De plus, cet enseignement, payant et non- obligatoire, ne concernait principalement que les filles de la bourgeoisie et était majoritairement dispensé par des religieuses. L’accès à l’éducation pour les filles était donc conditionné par trois facteurs : les moyens financiers, la disponibilité d’une école et l’influence religieuse. En outre, même lorsque l’école était accessible, l’enseignement restait inégal : filles et garçons étaient généralement séparés et suivaient des programmes différenciés. Par exemple, les filles recevaient un enseignement centré sur les travaux d’aiguille et les tâches domestiques, tandis que les garçons bénéficiaient d’un apprentissage plus académique.


Ce n’est qu’en 1924, avec le décret Léon Bérard, que les programmes scolaires et le nombre d’heures d’enseignement deviennent identiques pour les filles et les garçons. Cette réforme permet enfin aux filles de passer le baccalauréat et d’accéder aux études supérieures, marquant une avancée majeure vers l’égalité des sexes dans l’éducation. Les femmes tentent ainsi de s’affranchir de l’idée répandue selon laquelle « La femme est faite spécialement pour plaire à l’homme. Toute son éducation doit être relative aux hommes. » – Jean-Jacques Rousseau. Malgré les obstacles, elles ont progressivement conquis leur droit au savoir, ouvrant la voie à une société plus égalitaire.


Source : BnF
Source : BnF

École culinaire pour jeunes filles : Agence Mondial. Paris, 1932 – BnF – Département des Estampes et de la photographie


Sur ce cliché, manifestement mis en scène, des jeunes filles, en tablier et bonnet blancs de cuisine, entourent deux de leurs camarades qui mettent la touche finale à leur gâteau. L’une de leurs productions est une mariée en robe blanche évasée. Tout dans cette image rappelle la place traditionnellement accordée à la jeune fille à l’époque et les objectifs de son éducation : blanc virginal, savoir-faire ménager et attente du mariage.


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École des filles en 1960 :








Les pionnières de l’égalité des sexes dans l’éducation :


Les pionnières de l’égalité des sexes sont ces femmes qui, par leur engagement et leurs exploits, ont légitimé l’accès des femmes à l’éducation. Elles ont su s’affirmer dans un système patriarcal et déconstruire les préjugés sur le rôle des femmes dans la société. Si nous, en tant que femmes, pouvons aujourd’hui rêver sans limites, c’est grâce à celles qui ont mené ce combat avant nous. Aspirer à devenir avocate, médecin ou scientifique n’est plus un privilège réservé aux hommes, mais une possibilité offerte à toutes, bien au-delà des rôles traditionnels de femme au foyer ou de couturière.


Parmi ces figures marquantes, Olympe de Gouges s’est illustrée par son combat pour l’accès des femmes à l’éducation. Dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), elle interpelle les législateurs sur l’importance de l’instruction féminine : « Puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes. ». Elle affirme même : « l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison ». Selon elle, la restriction de l’éducation féminine par les hommes n’était qu’un moyen de mieux asseoir leur domination.


Il est important de noter que la première femme à obtenir le baccalauréat en 1861 est Julie-Victoire Daubié (1824-1874). Par son diplôme et ses efforts, elle a ouvert la voie aux études supérieures pour les femmes. Elle consacra toute sa vie à la défense de l’égalité femmes/hommes, que ce soit sur le plan des droits civiques ou de l’éducation scolaire. En 1859, l’Académie de Lyon met au concours une question sur le salaire des femmes. Le manuscrit de Victoire y est récompensé. L’année suivante, elle s’inscrit, à Lyon, aux épreuves du baccalauréat. Elle est reçue bachelière le 17 août 1861. Son manuscrit deviendra la base de son premier livre : La Femme pauvre au XIXe siècle , qui sera récompensé à l’Exposition universelle de 1867. Chroniqueuse, conférencière, elle écrira aussi : Du progrès dans l’enseignement primaire : justice et liberté et L’Émancipation de la femme. Pendant le siège de Paris, elle participe à la commission mixte de l’enseignement mise en place par Jules Ferry. En 1871, elle crée l’Association pour le suffrage des femmes. La même année, elle deviendra la première licenciée de lettres.


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Julie-Victoire Daubié, femme de lettres et pionnière des droits des femmes en France














Marie Curie, première femme à recevoir un prix Nobel et première à enseigner à la Sorbonne
Marie Curie, première femme à recevoir un prix Nobel et première à enseigner à la Sorbonne

On pense également à Marie Curie, première femme à recevoir un prix Nobel et première à enseigner à la Sorbonne. Elle a inspiré de nombreuses femmes à poursuivre des études scientifiques. Marie Curie a fait de la science sa profession, « parce que j’en avais envie, disait- elle, parce que j’aimais la recherche ». Elle est née en 1867 à Varsovie, en Pologne et passe son enfance dans cette région. Cependant, souhaitant continuer son apprentissage dans un pays où les universités restent fermées aux femmes, elle choisit de partir étudier en France 12. Avec son mari, ils font la découverte de la radioactivité qui connaît un retentissement immense. Si bien que Pierre et Marie Curie reçoivent le prix Nobel de physique en 1903, conjointement avec Henri Becquerel. Le couple est désormais renommé dans le monde entier et la radioactivité ouvre de nouvelles perspectives scientifiques. Elle devient, par la suite, la première femme professeure des

universités en France, et, en 1908, la première femme titulaire de la chaire de physique générale.


L’Afghanistan : le dernier pays privant les femmes d’éducation :


« Depuis la décision des Talibans en mars 2022 d’interdire aux filles le droit d’accéder à l’enseignement secondaire et supérieur, le ciel ne cesse de s’obscurcir pour les Afghanes. » C’est en ces termes que l’UNICEF décrit l’impact de la décision des Talibans en 2022, d’interdire l’accès à l’éducation pour les filles. Leur accès à l’éducation est presque impossible15. Selon Catherine Russell directrice générale de l’UNICEF, “Les droits des enfants, en particulier des filles, ne peuvent être pris en otage par la politique. Leur vie, leur avenir, leurs espoirs et leurs rêves sont en jeu.” De nombreuses femmes afghanes sont dans cette situation comme Meher, 16 ans, qui était inscrite au lycée Rabia Balkhi à Kaboul, en Afghanistan. Depuis la décision prise par les Talibans, elle est triste et en colère de ne plus pouvoir aller à l’école alors que ses frères, eux, le peuvent. Cette restriction de l’accès à l’éducation, imposée par les Talibans, démontre que les droits peuvent régresser et ne sont jamais définitivement acquis. Ainsi, en tant que femmes, nous devons continuer à nous battre pour les préserver et prendre conscience de la « chance » que nous avons. Certes, en France, l’accès à l’éducation nous semble « normal », mais en Afghanistan, la réalité des femmes est tout autre. Actuellement, 2,5 millions de filles et de jeunes femmes afghanes d’âge scolaire ne sont pas scolarisées, soit 80 %. En Afghanistan, près de 30 % des filles n’ont jamais fréquenté l’enseignement primaire. Ces jeunes filles voulaient seulement avoir un avenir, et maintenant elles ne voient aucun futur devant elles

.

Source : AFP
Source : AFP



Photographie de la rentrée scolaire de 2024 en Afghanistan sans femmes :







La scolarisation, la clef pour de meilleures conditions de vie :


Comme le souligne Antoine Prost dans Histoire de l'éducation en France, la mixité scolaire représente l’une des transformations pédagogiques les plus marquantes du pays. Pourtant, elle s’est imposée "sans même qu’on y prête attention". Aller à l’école, c’est non seulement s’épanouir, mais aussi acquérir des compétences et des connaissances essentielles pour construire son avenir. C’est un levier puissant pour briser le cycle de la pauvreté et empêcher sa transmission d’une génération à l’autre. L’éducation permet également d’apprendre à se protéger et à protéger les autres, notamment contre les maladies. De plus, la scolarisation continue des filles joue un rôle fondamental dans le progrès social et économique. L’éducation est un facteur clé dans la réduction des inégalités : un enfant instruit a davantage de chances d’accéder à un emploi stable et mieux rémunéré, diminuant ainsi le risque de précarité. Par ailleurs, un pays qui investit dans l’éducation favorise son développement économique et social. Malgré les avancées, l’accès à l’éducation reste un défi majeur à l’échelle mondiale. La pauvreté, les conflits, les discriminations de genre et le manque d’infrastructures scolaires constituent autant d’obstacles à la scolarisation. Selon l’UNESCO, plus de 250 millions d’enfants dans le monde ne sont toujours pas scolarisés. Face à cette réalité, il est essentiel que les gouvernements, les organisations internationales et la société civile redoublent d’efforts pour garantir à chaque enfant le droit à l’éducation. Cela passe par des investissements accrus dans les infrastructures scolaires, la formation des enseignants et la mise en place de politiques inclusives.


On peut conclure par les mots de James Emman Kwegyir Aggrey, intellectuel, missionnaire et enseignant américain d'origine ghanéenne :


"Quand on éduque un homme, on éduque un être. Quand on éduque une femme, on éduque un peuple."


Sources :


  • Legifrance

  • France mémoire

  • UNESCO

  • L'Étudiant

  • BnF

  • Blog histoire

  • Napoleon.org

  • Musée Curie

  • Centre des monuments nationaux

  • France archives

  • UNICEF

  • Amnesty

  • L'union

  • Université EENI global Buiness school à Barcelone


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