Le récapitulatif géopolitique d'Avril 2025
- Elissa Zertal
- 22 mai
- 10 min de lecture
Le décès du Pape François :
Le souverain pontife est mort ce lundi de Pâques, a annoncé le Vatican. Le pape François, élu en mars 2013, était un des plus âgés de l'histoire.
Le pape François est décédé le matin du lundi de Pâques de 2025, selon un communiqué du Vatican. Les cloches de nombreuses églises de par le monde ont sonné pour annoncer la nouvelle aux fidèles, dont celles de la basilique Saint-Pierre ou de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le chef de l'Eglise catholique était apparu pour la dernière fois, dimanche au balcon du palais pontifical, très affaibli après une pneumonie, pour la traditionnelle bénédiction urbi et orbi, qu'il avait laissé le soin à un assistant de prononcer à l'occasion de la commémoration de Pâques. Il n'avait pu adresser que quelques mots aux pèlerins.
Premier pape non européen depuis le pape syrien Grégoire III au VIIIe siècle, François, né Jorge Mario Bergoglio, avait 88 ans. Il avait succédé le 13 mars 2013 à un pape marqué « à droite », ou du moins traditionaliste et farouche défenseur des frontières, Benoît XVI, qui avait démissionné, fait sans précédent depuis six siècles, épuisé par les crises internes dans l'institution. François, premier chef de l'Eglise catholique à prendre ce nom en hommage à Saint-François d'Assise, était au moment de son décès le cinquième plus âgé des souverains pontifes en exercice de l'histoire.
Une « compassion sans bornes »

Le 366e chef de l'Eglise catholique, né en Argentine, au franc-parler caractéristique, était généralement jugé proche de ce qu'on appelle la « théologie de la libération », branche doctrinale issue de la gauche latino-américaine, très critique du capitalisme et de la société de consommation. Au sein d'une Eglise traversée par les antagonismes de l'époque, il défendait des positions clivantes, hostiles aux restrictions de migrants, aux différences jugées excessives de revenu et de patrimoine et attentives aux enjeux environnementaux. S'il s'était dit ouvert au sacre d'unions entre homosexuels, il ne remettait pas en cause les positions de l'Eglise sur l'avortement ou le célibat des prêtres.
Cet engagement a été salué par les principaux dirigeants de la planète, de tous pays, religions ou orientations politiques. Ces derniers ont exprimé leurs condoléances au 1,4 milliard de catholiques, pratiquants, croyants, ou simplement de culture catholique, et noté généralement l'engagement du pape en faveur des pauvres, des migrants et de l'environnement.
Une guerre économique des grands géants :
La politique de l’actuel président américain, D. Trump, révèle aux derniers sceptiques la réalité de la guerre économique, que les Etats-Unis ont institutionnalisé.
Donald Trump établit en avril 2025 une taxe douanière quasiment « universelle » de 10%. Tous les pays se pressent à Washington pour négocier au mieux les nouvelles taxes douanières, évaluées à 600 milliards de dollars par an, dont le but initial est de soulager la dette américaine et pouvoir baisser les impôts sur les entreprises. Chaque pays négocie en fait, pendant la trêve douanière de trois mois, son accès au marché américain, sauf la Chine pour laquelle les droits de douane culminent à 145% quand elle-même taxe à 125% toute une série de produits américains. Washington exempte toutefois de droits de douane les ordinateurs et les smartphones fabriqués en Chine...

Donald Trump demande à l’Union européenne d’importer pour 350 milliards de dollars d’hydrocarbures des Etats-Unis pour obtenir une baisse des tarifs douaniers. Cela représente l’essentiel des hydrocarbures importés par les Européens. Il malmène donc aussi ses anciens alliés, considérés désormais comme des concurrents.
Emmanuel Macron dénonce une décision « infondée » de Donald Trump et appelle à une suspension des investissements aux Etats-Unis. En effet, le chef de l’Etat a annoncé une « riposte européenne » en deux étapes, la première à la mi-avril, avec des taxes déjà décidées en particulier sur l’acier et l’aluminium, et la seconde « plus massive » au début du mois de mai après une étude secteur par secteur.
Par ailleurs, il compte bien saisir l'opportunité que lui offre Donald Trump. Depuis le retour du septuagénaire à la Maison Blanche, de nombreux scientifiques sont licenciés ou souhaitent partir des États-Unis. Et le chef de l'Etat projette de les attirer sur le vieux continent afin de créer une "Europe de la connaissance". Emmanuel Macron inaugure ce lundi à Paris, avec Ursula Von der Leyen la plateforme “Choose Europe for Science” pour faire venir les chercheurs “bannis” ou licenciés par Donald Trump aux USA. Une nouvelle opération séduction pour le président de la République qui reprend les mêmes bases que durant le premier mandat du président américain.
La Cour suprême valide la destitution du président sud-coréen

En Corée du Sud, les huit juges de la Cour suprême se sont prononcés à l’unanimité, le 4 avril, pour la destitution du président Yoon Suk Yeol. Des milliers de personnes ont explosé de joie dans les rues de Séoul
Les cris de joie de quelque 100 000 Sud-Coréens ont retenti à Séoul quand la Cour suprême a validé la destitution du président Yoon Suk Yeol, vendredi 4 avril.Les huit juges de la Cour se sont prononcés à l’unanimité pour la destitution, d’abord votée par l’Assemblée nationale.
En décembre 2024, le président Yoon avait déclaré la loi martiale, pour contrer la menace nord-coréenne selon lui. Cette décision avait été annulée par le Parlement quelques heures plus tard et avait provoqué d’immenses manifestations.
De nouvelles élections présidentielles doivent être organisées dans les deux prochains mois.
Le ton monte entre l'Inde et le Pakistan :

L’attentat de Pahalgam, au Jammu-et-Kashmir, qui a tué 25 touristes indiens et un népalais, le 22 avril 2025, a relancé les hostilités entre l’Inde et le Pakistan. Il a été revendiqué par l’organisation islamiste le Front de résistance, qui prospère au Pakistan.
Sans surprise, le gouvernement indien voit dans ce massacre la main d’Islamabad, mais n’apporte aucune preuve. De leur côté, les autorités pakistanaises démentent et proposent une « commission d’enquête internationale », mais restent muettes sur ses liens avec ces mouvements djihadistes.
L’affrontement pakistano-indien sur la question du Jammu-et-Kashmir n’en est pas à ses premières salves. Dès août 1947, quand l’empire britannique des Indes est démantelé sur une base religieuse, entre l’Inde à majorité hindoue et le Pakistan majoritairement musulman, s’est posée la question du rattachement de l’État princier du Kashmir coincé entre les deux. Cette vaste région montagneuse s’était vu octroyer l’indépendance un an plus tôt. Mais son maharaja était hindou alors que la majorité de la population était musulmane. Un contexte politique ambigu qui explique l’origine des tensions et hostilités nées dès octobre 1947 . Les deux pays se sont ensuite affrontés militairement pendant toute la deuxième moitié du XXe, lors de trois guerres, provoquant de grandes instabilités dans la région, la mort de centaines de milliers de personnes, notamment des populations locales, mais aussi des assassinats, des détentions arbitraires, des discriminations .
L’arrivée du premier ministre indien, Narendra Modi, hindouiste, déséquilibre l’échiquier politique.Lancé son plan d’hindouisation à marche forcée, il supprime l’article 370 de la constitution indienne qui garantissait l’autonomie de l’État.
Pour assurer son autorité, il coupe le territoire en deux entre le Jammu-et-Kashmir et le Ladakh (moitié bouddhiste tibétain et moitié musulman).
En attendant, la répression demeure — arrestation d’avocats, de journalistes, détention sans procès, retraits de passeports — faisant le lit des attaques violentes, notamment djihadistes.
Mais le plus inquiétant vient, sans doute, de la menace proférée par le premier ministre indien de « couper l’eau de l’Indus ». Depuis l960, un traité signé sous l’égide de la Banque mondiale garantit un accès équitable au fleuve pour tous : l’Inde contrôle trois affluents à l’Est, et le Pakistan les deux affluents plus à l’Ouest. Même dans les crises les plus virulentes entre les deux ennemis, nul n’a touché à ce partage des eaux.
Certes, Modi ne peut stopper le fleuve d’un coup de baguette magique, comme on ferme un robinet. Mais il pourrait se servir de ce prétexte pour accélérer ses projets de barrage visant à sécuriser les ressources énergétiques : plus de deux cents sont prévus ou en cours et déjà ses voisins comme le Bangladesh en souffrent. Une escalade vers une guerre d’eau ?
Le Président Emmanuel Macron à Gaza :
Emmanuel Macron est arrivé, mardi 8 avril, à quelques dizaines de kilomètres de la bande de Gaza, dans le cadre de sa visite de deux jours en Égypte. Pour cette rare visite d'un dirigeant européen aux confins de l'enclave palestinienne, le président français a affirmé que la reprise de l'aide humanitaire à Gaza était "la priorité des priorités" dans le territoire palestinien ravagé par la guerre depuis dix-huit mois.
"La situation aujourd'hui est intenable et elle n'a jamais été aussi grave", a déclaré le président français à Arich, ville du Sinaï égyptien située non loin de Gaza. "Nous appelons d'abord à une reprise le plus rapidement possible de l'aide humanitaire", a-t-il ajouté.
«La protection des civils et du personnel humanitaire, ainsi qu'un plein accès de l'aide humanitaire, constituent des obligations en vertu du droit international et du droit international humanitaire et doivent être respectées", avaient affirmé la veille les présidents Macron et Sissi ainsi que le roi Abdallah II de Jordanie dans une déclaration conjointe.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a jugé dimanche que le président français Emmanuel Macron faisait une «grave erreur» en promouvant l’idée d’un État palestinien. «Le président Macron fait une grave erreur en continuant de promouvoir l’idée d’un État palestinien.
«Nous n’accepterons pas de leçons de morale sur la création d’un État palestinien qui mettrait en danger l’existence d’Israël, de la part de ceux qui s’opposent à l’indépendance de la Corse, de la Nouvelle-Calédonie, de la Guyane française et d’autres territoires, dont l’indépendance ne menacerait en rien la France», a-t-il ajouté
Qu’en est il de l’acheminement des aides humanitaires dont parle Emmanuel Macron, 3 semaines après sa visite ?
Depuis neuf semaines, les autorités israéliennes maintiennent un blocus total sur l'entrée des fournitures humanitaires à Gaza, y compris celles qui sont essentielles à la survie de la population. Cette situation a entraîné la fermeture des boulangeries, des cuisines communautaires et des pénuries généralisées, laissant les enfants et les familles dans des conditions de faim extrême.
« Israël tente de démanteler le système de distribution de l'aide géré par les Nations Unies et ses partenaires, en imposant à sa place un mécanisme contrôlé par l'armée israélienne », a alerté dans une déclaration de l'équipe humanitaire des Nations Unies dans les territoires palestiniens occupés. « Il semble conçu pour renforcer le contrôle sur les articles vitaux en tant que tactique de pression – dans le cadre d'une stratégie militaire », ont dénoncé les porte-parole de l'ONU, précisant que le plan pousserait les civils à se rendre dans des zones militarisées pour collecter des rations, « menaçant des vies, y compris celles des travailleurs humanitaires, tout en aggravant les déplacements forcés ».

L'Organisation des Nations Unies répond qu’elle ne participera « à aucun plan qui ne garantit pas les principes d'humanité, d'impartialité, d'indépendance et de neutralité », et rappelle que l'aide doit être basée sur les besoins et non sur des conditions politiques ou militaires.

Les Nations Unies exhortent la communauté internationale à faire pression pour la réouverture des points de passage : « C'est maintenant qu'il faut agir. Gaza ne peut pas attendre ».
Un contexte de sous financement des aides humanitaires qui amplifie les crises, exemple du Soudan :

Le gel des aides américaines, décidé en janvier par Donald Trump, met en péril de nombreux programmes d’aide humanitaire dans le monde.
Déjà confronté à la violence, à la faim et à la maladie, le pays compte plus de 15 millions d’enfants dans le besoin. Une situation alarmante, aggravée par des contraintes d’accès croissantes et un financement humanitaire largement insuffisant.
Alors que le conflit au Soudan entre dans sa troisième année, le nombre d’enfants ayant besoin d’une aide humanitaire a doublé, passant de 7,8 millions début 2023 à plus de 15 millions à l’heure actuelle.
Si aucune mesure n’est prise de toute urgence, la crise humanitaire désastreuse qui sévit dans le pays pourrait se transformer en véritable catastrophe.
Le pays est le théâtre de la plus grande crise humanitaire et de déplacement d’enfants au monde. Ainsi, plus de la moitié des 30 millions de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire cette année sont des enfants. Parmi ces enfants, près d’un tiers sont âgés de moins de 5 ans.
De plus, les travailleurs humanitaires ont de plus en plus de difficultés à atteindre les enfants en raison de l’intensité du conflit, des restrictions et des formalités administratives imposées par les autorités gouvernementales ou par certains groupes armés. Ainsi, en 2024, l’acheminement de l’aide humanitaire par l’UNICEF a été retardé dans plus de 60 % des cas du fait de conditions de sécurité extrêmement instables. Si aucune mission n’a été annulée ou interrompue, cette situation a toutefois perturbé la fourniture de l’aide en temps voulu et entravé l’accès aux enfants en proie à des besoins urgents.
Le sous-financement critique des services essentiels met en péril la poursuite des programmes vitaux en matière de santé, de nutrition, d’éducation et de protection en faveur des enfants et des familles, avec pour conséquence un lourd tribut en vies humaines. L’UNICEF a lancé un appel de fonds d’un milliard de dollars pour son intervention au Soudan en 2025. Cette somme correspond à seulement 76 dollars par personne pour l’année, soit l’équivalent de 0,26 dollar par jour, afin de fournir un soutien essentiel à celles et ceux qui en ont besoin. À ce jour, l’organisation ne dispose que de 266,6 millions de dollars pour financer cette action, dont seulement 12 millions ont été reçus en 2025. Le reste provient d’un report des financements obtenus en 2024.
L’UNICEF continue d’accorder la priorité aux interventions qui permettent de sauver des vies dans les zones de conflit et de venir en aide aux populations déplacées ainsi qu’aux communautés d’accueil dans les régions plus sûres, où l’organisation fournit un soutien et des services essentiels comme des services d’éducation, de protection et de soutien psychosocial, des services d’approvisionnement en eau potable, des services de dépistage de la malnutrition.
Catherine Russell, Directrice Générale de l’UNICEF affirme« Nous ne pouvons pas abandonner les enfants du Soudan à leur sort. Malgré notre expertise et notre volonté d’intensifier nos actions, nos efforts restent limités en l’absence d’un accès aux populations et de financements pérennes. Mais par-dessus tout, les enfants ont besoin que ce terrible conflit prenne fin. »
Sources :
Les echos
Wikipedia
Asia nikkei
Diploweb
Europe1
La croix
Le Monde
Interlignes
ORIENTXXI
FRANCE24
ONU info
Reuteurs
NPR
UNICEF
Article rédigé par Elissa Zertal




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