Myanmar : les enfants et civils de l’État de Rakhine pris au piège des violences.
- Cheryl
- 27 oct.
- 4 min de lecture
Depuis des décennies, le Myanmar est marqué par une histoire complexe où diversité ethnique et tensions politiques s’entremêlent. Indépendant depuis 1948, le pays peine à trouver un équilibre entre ses multiples groupes ethniques et religieux. L’État de Rakhine, situé sur la côte ouest, occupe une position géographique stratégique et abrite notamment la population bouddhiste rakhine et la minorité musulmane rohingya, deux communautés dont les relations ont été marquées par des décennies de méfiance et de discriminations systémiques.
Une crise enracinée dans l’histoire et l’impunité.
Les tensions entre les communautés rakhine et rohingya se sont accentuées au fil des décennies, alimentées par des politiques discriminatoires institutionnalisées. Ces tensions atteignent leur paroxysme en 2017 avec une répression militaire d’une ampleur inédite, durant laquelle des actes qualifiés de génocidaires vont être identifiés par la CJI. Des centaines de villages rohingya ont été systématiquement incendiés, des femmes et enfants violés et tués, provoquant un exode massif vers le Bangladesh : en quelques mois, plus de 740 000 personnes, dont une majorité d’enfants, ont dû fuir dans des conditions dramatiques.
La communauté internationale a formellement reconnu ces crimes comme constitutifs d’un génocide, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires internationales contre les responsables militaires myanmarais.
Une escalade dramatique depuis 2024 : les enfants en première ligne.
Depuis janvier 2024, le conflit a connu une nouvelle escalade dramatique. L’armée du Myanmar (Tatmadaw) a intensifié ses offensives contre l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique rakhine, en prenant directement pour cible des villages et civils rohingya. Ces affrontements ont plongé la région dans un engrenage de violence dont les civils, et particulièrement les enfants, paient le prix fort.
Les chiffres sont alarmants : 1,6 million de personnes ont été privées d’accès aux services de santé depuis le début de l’année. Plus de 420 civils, dont de nombreux enfants, ont perdu la vie depuis novembre 2024. Les déplacements forcés se multiplient : près de 300 000 personnes ont dû abandonner leur foyer, laissant derrière elles tout ce qu’elles possédaient.
Les conséquences sont d’autant plus dévastatrices pour les enfants : privés du droit fondamental à l’éducation, exposés à la malnutrition aiguë, séparés de leurs familles lors des déplacements forcés, et contraints d’assister à des scènes de violence qui causeront des traumatismes durables.
Un cadre juridique international bafoué.
Cette crise constitue une violation flagrante de multiples instruments du droit international :
• Convention relative aux droits de l’enfant du 20 novembre 1989: violation systématique des droits à la vie, à la santé, à l’éducation et à la protection contre les violences
• Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948 : actes intentionnels visant à détruire un groupe ethnique et religieux.
• Statut de Rome de la Cour pénale internationale du 17 juillet 1998 : crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
• Conventions de Genève : attaques délibérées contre les populations civiles.
La responsabilité de protéger, principe adopté par l’ONU en 2005, oblige la communauté internationale à agir face à ces crimes de masse.
Les acteurs d’un conflit complexe.
La junte militaire continue de gouverner par la terreur, bafouant ses obligations internationales en matière de droits humains. L’Armée d’Arakan, tout en défendant légitimement les droits de la population rakhine, participe parfois aux violences contre les Rohingya. Entre ces forces armées, la communauté rohingya se retrouve une nouvelle fois prise en étau; victime de violences systémiques et privée de ses droits les plus fondamentaux, en particulier de sa citoyenneté.
Les efforts internationaux, bien que nécessaires, restent insuffisants. Les sanctions économiques et les pressions diplomatiques se heurtent aux divisions géopolitiques entre grandes puissances. Les pays voisins - Bangladesh, Inde et Chine - jouent un rôle crucial mais parfois contradictoire, oscillant entre accueil humanitaire, préoccupations sécuritaires et intérêts économiques stratégiques.
Un impact humanitaire sans précédant (sur l’enfance).
Au-delà des statistiques, cette crise se traduit par une détresse humaine quotidienne qui frappe de plein fouet les plus vulnérables. Les enfants rohingya grandissent dans un climat de violence normalisée, privés de leurs droits les plus élémentaires :
• droit à l’identité : apatridie de fait, absence d’état civil
• droit à l’éducation : écoles fermées ou détruites, scolarité interrompue.
• droit à la santé : malnutrition chronique, absence de vaccination, traumatismes psychologiques non pris en charge.
• droit à la protection : exposition aux violences, risques de trafic et d’exploitation.
L’aide humanitaire, systématiquement entravée par les restrictions imposées par la junte militaire, peine dramatiquement à atteindre les populations dans le besoin. Cette obstruction délibérée de l’aide constitue elle-même une violation du droit international humanitaire.
Appel urgent à l’action : protéger l’enfance en danger.
La situation en Rakhine illustre cruellement les limites de l’architecture internationale de protection des droits humains face à un État qui refuse ses obligations. Cependant, l’urgence humanitaire ne saurait surseoir à l’apaisement des tensions.
L’impératif est clair : garantir un accès humanitaire immédiat et sans entrave, protéger les civils conformément au droit international, et engager des poursuites judiciaires contre les responsables de ces crimes.
Car derrière chaque statistique se cache une réalité humaine : celle d’enfants rohingya qui grandissent sans école, sans soins, sans perspective d’avenir, dans l’ombre d’un génocide qui continue. Leur droit à grandir dignement et en paix ne peut être négociable.
Chaque jour d’inaction prolonge leur souffrance et compromet leur avenir. Il est encore temps d’agir.
sources :
Org internationales :
• Human Rights Watch (https://www.hrw.org/news/2024/08/12/myanmar-armies-target-ethnic-rohingya-rakhine) (https://www.hrw.org/news/2024/02/09/myanmar-rohingya-risk-rakhine-fighting)
• amnesty international (https://www.amnesty.fr/pays/myanmar)
• haut commissariat des nations unies aux droits de l’homme (https://www.ohchr.org/fr/countries/myanmar)
• unicef (https://news.un.org/en/story/2024/04/1148746)
• International Crisis Group
Médias spé :
• Al Jazeera (section asie) (https://www.aljazeera.com/where/myanmar/)
• bbc world service
• the diplomat




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