Le Soudan : guerre civile, famine et instabilité politique
- Stacey
- 27 oct.
- 7 min de lecture
« Au regard de tous les indicateurs, il s’agit de la plus grande crise humanitaire au monde”, déclarait Michael Dunford, directeur régional du Programme alimentaire mondial (PAM).
Dans l’indifférence quasi totale de la communauté internationale, les civils soudanais périssent sous les coups de groupes armés rivaux, aveuglés par leur soif de pouvoir. Depuis le déclenchement le 15 avril 2023, du conflit opposant l’armée du général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide (FSR) dirigées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, 150 000 personnes ont perdu la vie, 13 millions ont été déplacées et 30 millions ont besoin d’une aide humanitaire selon les estimations.
Situé entre le Sahel instable et la corne de l’Afrique, le Soudan est devenu le théâtre d’une guerre de pouvoir aux conséquences régionales dévastatrices. Tandis que la famine menace des millions de personnes, les puissances étrangères peinent à s’accorder sur une stratégie commune laissant la population sombrer dans une tragédie silencieuse.
Un pays brisé par la guerre
Depuis 1956, le Soudan connaît une succession de conflits et de guerres civils. Ces conflits trouvent leurs sources dans les tensions tribales. Historiquement, le Soudan est un pays partagé entre les minorités noires chrétiennes du sud et celles noires africaines et arabes islamisées du nord. Les colonisations anglaises et égyptiennes ont instauré des privilèges sociaux dont bénéficiaient les musulmans du nord du pays. Lorsque les puissances coloniales ont quitté le pays, ces minorités ethniques ont tenté de poursuivre leur domination sur les populations du sud. En 2003, la guerre du Darfour éclate : les populations de la région se soulèvent dénonçant un manque de reconnaissance, les discriminations et les attaques envers les populations noires du pays. En guise de réponse, le gouvernement a toléré la répression de la population du Darfour par la milice Janjawid. Les crimes qui ont été commis à l’encontre de la population locale a alerté la communauté internationale. Aujourd’hui, les responsables sont condamnées ou visés par un mandat d’arrêt international. Ce conflit a déclenché la crise humanitaire qui se dégrade de décennies en décennies avec la crise politique né du coup d’état du général al-Burhane.
Guerre civile depuis avril 2023
• Depuis le 15 avril 2023 : nouvelle guerre interne :https://www.iris-france.org/175398-soudan-quels-sont-les-facteurs-a-lorigine-des-affrontements/
Les manifestions de décembre 2018, ont été le terrain de revendication du peuple soudanais. Le peuple réclamait la chute du dictateur au pouvoir depuis 30 ans : Omar el-Béchir. Après la chute du dictateur en 2019, une transition démocratique fragile s’engage, mais en octobre 2021, al-Burhane mène un coup d’état et écarte les civils du gouvernement et brise cette transition. Les Forces de Soutien Rapide (FSR) de Hemedti, devenues puissantes grâce à l’exploitation de mines d’or, refusent d’être intégrées dans l’armée et contestent l’autorité d’al-Burhane.
Situation politique : absence d’état central, chaos sécuritaire, ingérence étrangère
Malgré la guerre, un commissariat demeure dans la capitale et recueille les plaintes. Un sentiment d’impuissance et d’insécurité ressort du témoignage des civils. Dans les rues, les affiches de propagandes présentent les militaires comme martyrs, morts pour la gloire de leur pays. Ces affiches, rappelant la réalité des combats se jouant à quelques kilomètres, surplombent parfois des quartiers animés, ce qui démontre le paradoxe entre la guerre et les civils qui n’ont d’autres choix que de continuer à vivre dans l’insécurité permanente.
Le conflit ne trouve pas d’issus à court terme et cela résulte partiellement du fait que certaines puissances étrangères interviennent dans ce conflit. https://fr.africanews.com/2022/03/11/la-russie-se-rapproche-du-soudan-pour-etendre-son-influence-en-afrique//
Déjà sous le régime d’Omar el-Béchir, Moscou était le principal fournisseur d’armes du Soudan. Les deux pays avaient d’ailleurs conclut un accord portant sur l’installation d’une base navale russe sur la Mer rouge, permettant à la Russie d’accéder aux mers chaudes. La chute d’Omar el-Béchir n’a pas fait fuir la Russie, celle-ci a trouvé un nouvel allié en la personne de Hemedti, chef des Forces de soutien rapide. Le FSR entretient d’ailleurs de forts liens avec le groupe Wagner. À travers la milice paramilitaire, la Russie signe des accords miniers avec le FSR qui leur permettent de profiter de la guerre pour exploiter les ressources minières. En effet, selon le conseil européen pour les relations internationales et le trésor américain, le groupe Wager exploite les ressources naturelles soudanaises et offre un soutien politique et militaire au régime pour protéger ses intérêts.
La famine : conséquence directe du conflit
Face aux destructions massives, les civils s’organisent seuls pour reconstruire et réparer les édifices détruits par les combats lorsque ceux-ci cessent. Cette démarche populaire améliore la situation d’habitants démunis mais restent limitée par les difficultés d’approvisionnements.
Des points de distribution alimentaire s’organisent dans la capitale alors que la moitié des soudanais subissent une famine aiguë. Des initiatives citoyennes se développent dans la capitale pour venir à l’aide de nombreuses familles dont les points d'alimentation constituent la seule source d’alimentation quotidienne.
Face à l’absence de réponses aux besoins quotidiens, les migrations s’organisent vers les regions épargnés ou vers les pays voisins. On compte plus 10 millions de déplacés depuis le début du conflit. Port-Soudan, une ville portuaire, est née de la fuite des combats : les civils s’y réfugient et les instances étatiques en font la capitale politique provisoire.
Le Tchad, pays frontalier du Darfour, est particulièrement exposé à ses migrations. L’ONU décompte en moyenne 3.300 personnes franchissants la frontière chaque jour. Ce périple est non sans risques : les témoignages sont criants. Entre exécutions forcées, recrutements forcées d’hommes et de garçons et les victimes de violences physiques et sexuels, les soudanais risquent quotidiennement leur vie pour fuir les combats.
À cela s’ajoute les trafics. En effet, depuis le début de la guerre, les ressources sont de plus en plus rares. Une économie clandestine se développe pour répondre aux besoins notamment dans la province du OuaddaÏ ou les biens pillés au sans sont revendues à bas prix sur les marchés tchadiens. Les trafiquants profitent ainsi du chaos pour écouler des biens issus du pillage avec la complicité des groupes armées. <international crise groupe Charles Bouëssel
La population piégée
Dans la capitale où les combats font rage, les civiles sont les premières victimes. Leur maison sont détruites emportant leur perspective d’avenir, mais certains tentent malgré tout de se dessiner un avenir avec des plans de reconstructions. Les combats s’intensifient entraînant avec eux de nombreuses victimes dans le pays : 20 000 morts selon l’ONU mais une estimation américaine en décompte 150 000.
80% des hôpitaux ne fonctionnent plus, et même si certains centres de santé ouvrent, la population subie de pleins fouets les conséquences de cette guerre au plan sanitaire. Les médecins et hôpitaux ont été la principale cible des miliciens et les enfants en sont les premières victimes.
Les milices ont pillé systématiquement les commerçants, institutions et même les domiciles. Les bâtiments culturels tels que la maison de Khalifa ou le musée national du Soudan ont été pillés par les milices au grand détriment de leur gardien. De même pour les bâtiments religieux (églises, mosquées), les tombes sont ouvertes à la recherche d’objets de valeur.
Un rapport d’Human Rights Watch dénonciation de viols collectifs récurrents. Nawal Ali, journaliste locale, interviewée au micro d’arte, témoigne de la violation des droits de la femme et de l’homme. Des dizaines de milliers de viols sont commis par les Forces de soutien rapide, FSR. Les miliciens kidnappent et organisent des viols dans des lieux où sont séquestrés les victimes.
Réactions internationales et impasse humanitaire
Les journalistes ne peuvent pénétrer les zones de guerres que grâce à l’autorisation de l’armée qui les escortent vers la ligne de front. En dehors de ces cas, la venue des journalistes reste très périlleuse. C’est la raison pour laquelle l’estimation du nombre de victimes peine à être effectué.
Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des sources d’urgence présente le Soudan comme : “Le théâtre d’une urgence humanitaire d’une ampleur effroyable”. Les journalistes qui réussissent à pénétrer cette zone de guere sont faces à des violences sexuelles utilisés comme arme de guerre. Les témoignages de femme démontrent que cette situation ne va qu’en s’aggravant. À cela s’ajoute la crise nutritionnelle. Entre épidémie de choléra, de dengue et un assainissement des eaux sans mérite, la situation sanitaire est critique. Les journalistes et bénévole déplore le blocus organisé par les forces armés qui empêche la venue de toute aide humanitaire dont la population à grandement besoin.
L’acheminement de vivres et de médicaments ne peut s’effectuer qu’en cas de garanties de passage en toute sécurité, or l’ONU constate une perte colossale d’effectifs dans cette guerre : plus de 120 travailleurs humanitaires ont perdu dans la vie depuis le début du conflit.
Les pays occidentaux ont davantage cherché à rappatrier leur ressortissants au lieu d’apporter des solutions permettantsvenir au secours de la population ou s’installer à la table des négociations entre les deux militaires pour parvenir a un accord de paix. En 2019, l’occident a soutenu l’idée d’une transition démocratique stable sans mesures les rapports de force internes. Les pays du golfe, eux, restent ambigüs dans leur prise de position et favorise leur intérêt dans leur prise de position. Si le rapprochement avec la Russie inquiète, le silence de la communauté internationale peine à mettre en places des solutions viables au grand désarroi de la population civile.
Toutefois, à l’initiative du Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale, la conférence de Londres s’est tenue le 16 avril 2025 dans l’objectif de relancer une mobilisation international et d’enfin coordonner les efforts politiques et humanitaires. Parmi les acteurs majeurs la conférence, nous retrouvons les pays du golfe ( Arabie Saoudite, Émirats arabes unis) mais également l’Egypte, les États Unis, des pays de l’Union africaine et européenne mais également des organisations internationales tels que l’ONU. La Conférence révèle les désaccords majeurs entre l’Égypte, l’Arabie Saoudite ou encore les Émirats arabes unis qui ont empêché l’adoption d’un communiqué conjoint ou la création d’un groupe de contact.
Les résultats de la Conférence restent très limités. Si des aides humanitaires ont été débloqué (950 millions d’euros), ceux-ci restent bien inférieurs aux besoins réels estimés par l’ONU à 6 milliards de dollars. La Conférence n’a plus abouti sur des mesures permettants l’accès humanitaire ou encore l’obtention d’un cessez-le-feu. Si la conférence a replacé temporairement le Soudan sur la scène diplomatique, son impact reste faible. Entre l’absence de visibilité médiatique, les divisions régionales persistantes ou encore l’absence de solution portique durable, la crise soudanaise est voué à durer au péril des civils enivrés dans cette guerre sanglante.
Sources:
https://www.youtube.com/watch?v=_Imhpn7e-uw ; https://www.iris-france.org/175398-soudan-quels-sont-les-facteurs-a-lorigine-des-affrontements/; https://www.hrw.org/fr/news/2024/05/09/soudan-nettoyage-ethnique-au-darfour-occidental; https://fr.africanews.com/2022/03/11/la-russie-se-rapproche-du-soudan-pour-etendre-son-influence-en-afrique//; https://www.crisisgroup.org/fr/africa/horn-africa/sudan-chad/spillover-sudans-war-eastern-chad; https://news.un.org/fr/story/2025/10/1157621; https://news.un.org/fr/story/2025/05/1155606; https://www.iris-france.org/conference-de-londres-sur-le-soudan-quelles-perspectives-apres-des-resultats-diplomatiques-peu-encourageants/; https://shs.cairn.info/revue-afrique-contemporaine1-2005-2-page-165?lang=fr; https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/conflitdudarfour; https://www.monde-diplomatique.fr/publications/l_atlas_un_monde_a_l_envers/a53980; https://www.iris-france.org/conference-de-londres-sur-le-soudan-quelles-perspectives-apres-des-resultats-diplomatiques-peu-encourageants/




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